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e jeudi 23 mai dernier, dans nos locaux des Pâquis, nous avons eu le privilège de recevoir Sœur Brigit et de l’écouter nous parler de son travail au Centre d’Accueil de l’Espoir à Yaoundé, Cameroun. A l’occasion de cette soirée, Rachel et Adrienne nous ont concocté un délicieux buffet africain, tandis que Janet, John et Paolo s’occupaient de la déco aux couleurs du Cameroun. Conviées à la fête, ce ne sont pas moins de 30 personnes – membres de PVA, parrains et marraines du projet Afrique – qui ont répondu à l’appel de cette soirée conviviale et humainement enrichissante.
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Avant de démarrer sa causerie, Sœur Brigit nous transmet les salutations du conseil d’administration de son ONG, et nous offre un magnifique cadeau confectionné par ses petit protégés à l’attention de PVA et de ses membres ; un tissu mural parsemé de petites mains colorées, celles de chaque enfant présent au Centre de L’Espoir de Yaoundé.
Très touchés, nous leur adressons un immense merci pour cette marque d’amitié. Très prochainement, leur œuvre sera installée dans nos locaux, afin qu’elle puisse être admirée par le plus grand nombre, comme elle le mérite !
Sœur Brigit entre en matière avec un immense sourire :
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Je ne suis pas une personne qui fait des conférences ; j’apprécie surtout le dialogue ! "
Puis elle nous renseigne sur ce qu’elle réalise concrètement avec une population particulièrement vulnérable et médicalement démunie, laissant derrière elle de nombreux orphelins du sida.
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Ce travail part de très loin pour une plus grande cohérence. Nous avons choisi une cible ; les familles et les populations vulnérables des quartiers pauvres de Yaoundé, de ses environs et des coins enclavés où personne ne va. "
Une grande partie de la population ne connaît rien sur le sida et n’y prête pas vraiment attention ; commerçants et travailleurs passent leur vie là où ils la gagnent sans être au courant de rien. Or, au Cameroun, l’épidémie du VIH/sida démontrait déjà une prévalence de l’ordre de plus de 11% en 2000. "
Mais compte tenu de ce que nous vivons aujourd’hui sur le terrain, ce taux est largement dépassé. "
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En gros, nous sensibilisons ces personnes sur la problématique sida qui concerne l’ensemble de la société. Education sur le sida, mais aussi sur les MST qui sont aussi un gros problème dans notre société. Or, le VIH, contrairement à d’autres maladies sexuellement transmissibles, ne se guérit pas. "
Dès lors, causeries, sensibilisation, communication, éducation font partie de la prise en charge des PVA par Sœur Brigit et son équipe. "
Il faut orienter tous ces gens vers des formations sanitaires adéquates et leur expliquer la façon de vivre avec le VIH/sida. Mais ici, pas question de langage scientifique ; le terre à terre génère mieux la confiance ! Certains n’entendent que " le sida, c’est la mort ! " et c’est aussi cela qu’il faut combattre.
Moi, je parle ouvertement aux gens et j’explique que cette maladie est une fatalité et que je peux aussi être infectée. D’ailleurs des personnes croient que je suis malade et je ne fais rien pour démentir : - ma sœur, on nous a dit que vous-même êtes malade… - Je réponds oui, où est le problème ? Moi, je fais avec et je n’ai pas honte ! Et une religieuse qui parle ouvertement des maladies sexuellement transmissibles, en appelant chaque chose par son nom, ça choque un peu et ça fait réfléchir. Les gens sont plus copains avec moi si je parle librement de ces choses. Car quand on pratique l’hypocrisie, le message ne peut pas passer, même en travaillant beaucoup. Il faut être franc et honnête envers les gens et dire les choses avec conviction. Et puis, la tradition culturelle, sur certains plans, représente une entrave à la compréhension et il faut briser ça aujourd’hui. C’est pourquoi, nous sommes en train de former 15 éducateurs permanents qui dès janvier 2003, se rendront dans les familles des quartiers. Nous les encourageons à nommer un chat un chat, et à montrer qu’il n’y a aucun problème à prononcer certains mots. Il faut sortir les gens de la peur qu’ils ont de dire telle ou telle chose ; il ne s’agit pas de secret. Car il ne faut pas oublier qu’avant le sida, existaient déjà les maladies sexuellement transmissibles. Elles ont elles aussi tué beaucoup d’individus. A une époque, je dirigeais un collège de brousse où 70% des élèves de 6ème à la 3ème avaient une MST. Ces adolescents de 14 ou 15 ans atteints par ces maladies, révèlent testées dans les hôpitaux. D’autre part, chaque année en novembre, ont lieu les journées camerounaises du sida qui se clôturent par la journée mondiale du sida, le 1
er décembre. "
A cette occasion, et au niveau national, nous lançons une campagne de tests gratuits pour la population, en collaboration avec notre gouvernement. Mais le reste du temps, les gens vivant dans les quartiers très défavorisés n’ont pas les moyens de payer ce test. Alors, je les emmène à l’hôpital et je demande le test pour eux ; en général, les responsables me font confiance et même s’ils n’ont pas envie, ils acceptent quand même, " à cause de la Sœur ! "
Dans le suivi des familles, l’aspect spirituel est également pris en compte. C’est pourquoi, l’association est formée d’une équipe multidisciplinaire composée de représentants de toutes les communautés religieuses. "
Dans notre prise en charge, nous intégrons la notion œcuménique et nous collaborons avec les représentants des diverses religions ; musulmans, protestants, catholiques, etc. Dès lors, chacun agit selon ses convictions religieuses et les compétences de son domaine d’activités. Car ce qui nous importe, c’est le bonheur de l’autre, de celui que nous accompagnons. "
En Afrique centrale, la majeure partie de la population n’a pas accepté la problématique sida ; le déni s’est instauré, masquant la réalité et laissant la maladie se propager dans l’ignorance générale. Au départ, l’information n’était destinée qu’au milieu de la prostitution qui, le plus souvent, génère l’opprobre populaire. Les gens ont donc été très mal informés, puisqu’ils ne pensaient pas être concernés par cette maladie. Aussi, les personnes qui apprenaient leur séropositivité à l’hôpital se taisaient, de peur d’être associés à la prostitution et d’être rejetés. Beaucoup de malades ont préféré garder leur secret et mourir…
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Avant, les gens apprenaient leur maladie quand elle était déjà trop avancée. Aujourd’hui, avec une propagande visant à se faire tester, ils sont déclarés séropositifs, mais avec une santé générale satisfaisante, un traitement adapté et un comportement attentif, ils peuvent espérer une existence normale sans déclarer la maladie. "
Le Centre d’Accueil Des Enfants Orphelins
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A l’origine du Centre, nous avions décidé de prendre des enfants âgés de 5 à 12 ans. Or, la réalité est tout autre ! Nous ne tenons pas toujours compte de la règle adoptée. Selon la gravité des cas rencontrés, nous nous chargeons aussi des bébés ; nous ne pouvons pas les laisser vivre dans des conditions de vie incertaines. "
Parfois, les enfants sont malades dès leur naissance, ou alors, c’est la maman, qui déjà très affaiblie ne peut pas s’en occuper comme il se doit. Dans ces cas-là, Sœur Brigit n’hésite pas à agir : "
Nous les prenons au Centre tout en cherchant une solution pour les placer rapidement. " Or, dans la mesure du possible, les enfants malades sont suivis avec leurs parents malades à domicile. De nombreux bébés naissant séropositifs, il arrive souvent que les couples découvrent qu’ils sont malades lors d’une naissance.
Les enfants du Centre de l’Espoir sont des orphelins du sida, mais ils sont séronégatifs. "
Nous tenons avant tout à leur épanouissement malgré leur statut d’orphelins. C’est pourquoi nous ne mélangeons pas les malades et les non malades ; nous ne voulons pas leur imposer des choses tristes. "
Le nombre d’enfants fluctue alors que le Centre ne dispose que de 35 places. Mais les pressions qui viennent des quartiers obligent parfois Sœur Brigit et ses collaborateurs à prendre des tout petits qui sont alors à 2 ou 3 par lit. En réalité, le nombre d’enfants au Centre varie entre 30 et 43, selon les solutions trouvées pour eux. Car il faut préciser que le but du centre est de chercher avant tout à réinsérer les enfants dans un cadre familial. Ils sont là pour un temps limité d’environ deux ans, car d’autres, comme eux, sont dans le besoin. "
Nous nous occupons de 2 catégories d’enfants ; ceux du Centre et ceux vivant dans les quartiers. Les enfants admis au Centre sont d’un degré d’indigence s’élevant à plus de 50%. C’est l’enquête des assistants sociaux, basée sur plusieurs critères, qui nous renseignent ; perte d’un ou des 2 parents, situation financière de la famille, etc. En gros, les enfants admis au Centre sont en situation particulièrement précaire nécessitant une prise en charge urgente. Quant à ceux des quartiers, même s’ils sont dans une extrême misère, ils ont au moins un toit, et les éducateurs du quartier peuvent les suivre à domicile. "
Les enfants du Centre se rendent à l’école publique, située à 500 m. "
Nous collaborons avec l’assistante sociale de l’arrondissement. C’est elle qui se charge de faire admettre les nouveaux enfants à l’école en négociant avec les directeurs de l’établissement. "
Pour le placement des enfants en familles d’accueil, le Centre fait appel aux associations d’Eglise. "
Or, ce n’est pas parce qu’une famille sollicite un enfant qu’elle l’obtiendra systématiquement ; nous faisons d’abord une enquête de moralité afin de connaître ses motifs profonds. Il nous faut savoir pourquoi elle veut un enfant ; si c’est pour combler une solitude et avoir un boy à demeure ou si c’est vraiment pour le bien de l’enfant. C’est pourquoi, nous profitons de la période des vacances pour placer des enfants dans ces familles demandeuses. Au retour, l’enfant vient nous raconter comment il vivait, sans rien cacher de ce qui se passait ; c’est un très bon test pour nous ".
Auparavant, il y avait beaucoup de familles d’accueil. Or, aujourd’hui, peu d’entre elles sont épargnées par l’endémie qui fait des ravages dans le pays. Il est courant que des familles aient plusieurs de leurs enfants malades. "
Ils nous arrivent de trouver des parents prêts à prendre la relève, mais ils se désistent au dernier moment car ils sont eux aussi touchés par la maladie. "
Sur le terrain
Depuis 1994, le Centre a toujours formé des éducateurs bénévoles sur le tas. Or, dans la pauvreté, le bénévolat n’existe nulle part. Après 6 mois, sur 25 personnes formées, il n’en restaient plus que dix, et ainsi de suite. Dès lors, tout était à refaire. "
On travaillait, mais on ne voyait pas les résultats, faute d’un suivi de la part des éducateurs bénévoles. "
Or, une association luxembourgeoise a bien voulu accepter de former et rétribuer 15 personnes durant 5 ans. "
Cela va considérablement nous aider pour le travail de terrain ; ce sont des camerounais non malades et de toute tendance religieuse. Nous collaborons aussi avec des personnes affectées et infectées par le VIH/sida, surtout lors des programmes de sensibilisation et des visites à domicile ; rien ne vaut les témoignages pour convaincre… "
Les quartiers sont organisés en antennes et les éducateurs formés sur le tas les connaissent parfaitement bien. A ce titre, ils détectent plus facilement les problèmes de ces microcosmes et trouvent toujours de bonnes volontés qui peuvent y travailler après eux. Entre autres tâches, 22 pairs éducateurs formés mènent une sensibilisation de proximité. Chacun d’eux dirige 87 causeries éducatives programmées, soit 1914 causeries, et 75 à la demande de la population ; 1989 causeries ont été réalisées au total pour 2001 dans les quartiers, touchant en moyenne 20 personnes d’un coup. "
Cela favorise la mise en confiance des gens qui viennent ensuite me parler. Certains d’entre eux avouent avoir les symptômes décrits dans nos explications. Auparavant, ils se taisaient par peur. Aujourd’hui, nous sommes sollicités par des groupes ou des familles qui souhaitent participer à ces causeries. D’autres personnes viennent d’elles-mêmes nous trouver. Dans son ensemble, ce système nous permet de déceler de nombreux malades et d’agir en conséquence ; c’est un grand pas en avant. "
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Une journée au Centre
Soeur Brigit se lève vers 5h00 du matin et se rend à la messe. Ensuite, viennent les différentes tâches auxquelles elles se dévouent corps et âmes. Elle s’occupe des enfants du Centre, de ceux de l’extérieur, elle rend visite aux familles, elle emmène des patients à l’hôpital, elles règle des problèmes urgents et divers, sans oublier la plantation. Bref ! Elle ne manque pas d’occupations et les journées de 15 heures de travail sont monnaie courante pour elle. "
Heureusement, nous sommes très bien organisés et pour cela, je tire mon chapeau à notre conseil d’administration ; il est composé de laïques qui s’impliquent énormément et qui savent organiser mon travail au Centre et au-dehors. Mon nom est en avant car je suis la fondatrice du Centre, mais nous sommes avant tout une équipe pluridisciplinaire soudée et efficace ! "
Encouragements Bienvenus…
En premier lieu, Soeur Brigit et ses collaborateurs ont besoin d’appui moral. "
Si nous sommes encouragés pour notre travail, c’est déjà beaucoup, car nombreuses sont les personnes qui ne savent même pas ce que nous accomplissons au Centre ou sur le terrain. Il n’y a pas longtemps, j’ai rencontré un de mes professeurs du lycée, un intellectuel proche de la retraite qui m’a tenu ce discours : - Nous sommes en 2002, ma Sœur ; votre histoire, là… le sida, ça existe vraiment ? - Lui, il enseigne aux enfants et il n’a même pas connaissance de ce problème d’envergure ! Alors oui, nous avons besoin d’un soutien moral et d’encouragements à ce que nous entreprenons pour lutter contre ce fléau ". Bien entendu, le soutien matériel compte beaucoup, il est même essentiel. "
Nous aimerions surtout être assurés d’un futur concernant les personnes formées. Que se passerait-il si elles venaient à nous quitter ? Quel serait l’avenir de notre association ? "
Pour cela, Soeur Brigit et son équipe souhaiteraient qu’en chaque fin d’année soit établi un véritable bilan permettant de visualiser les résultats obtenus par leurs actions ; par exemple, il indiquerait le nombre de malades suivis, l’évolution personnelle et l’état de chacun d’eux etc. "
Cela n’est réalisable qu’avec la prise en charge des éducateurs, car sans eux, il est impossible de faire du bon travail. Mais au niveau du Centre, et grâce à PVA, ça va ; les éducateurs sont payés chaque mois et le travail s’exécute parfaitement
bien ! "
…médicaments aussi !
" Nous recevons des médicaments de la part de petites associations qui organisent des ramassages ; nous bénéficions ainsi du solde des traitements de personnes décédées ou en changement de thérapie, etc. De plus, nous avons la chance que Air France et l’association Aviation Sans Frontières se chargent de nous faire parvenir ces cargaisons gratuitement. La plupart de ces traitements et autres antibiotiques nous parviennent déjà entamés. C’est une équipe d’infirmiers qui les trie, les répertorie avant que nous puissions les distribuer de manière efficace, sécurisée et dans leur intégralité. Nos familles sont démunies et notre association ne possède pas de fonds spécifique.
Néanmoins, quand l’urgence le réclame, nous achetons nous-mêmes les médicaments qui font défaut. Par ailleurs, nous ne sommes pas médecins ; alors, nous accompagnons nos malades chez ceux qui nous connaissent très bien. Il faut savoir que c’est très difficile pour les gens de se rendre à l’hôpital. S’ils viennent seuls, on ne les prend pas au sérieux et on les laisse là, sans soins…
Mais quand c’est quelqu’un comme moi qui les accompagne, on nous reçoit rapidement ! Selon la prescription médicale du médecin, je lui soumets la liste des médicaments en notre possession afin qu’il dise s’il en est un qui pourrait convenir. C’est lui uniquement qui décide des traitements. "
Attention ! Une Religieuse Peut en Cacher une Autre !
Quand on rencontre sœur Brigit, l’adage " l’habit ne fait pas la religieuse " s’impose immédiatement et prend une valeur toute particulière ; ce petit bout de femme au sourire avenant ne porte pas la cornette, mais affiche un caractère bien trempé ! Grâce à son dévouement et celui de son équipe de terrain, le projet Afrique, dans lequel l’Association PVA s’est financièrement engagée en 1999, tient ses promesses en ouvrant des perspectives novatrices en matière de lutte contre le VIH/sida au Cameroun.
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[suite dans notre rubrique " histoire " (Page1)]
Positives les Nouvelles 2002, n°54